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Il y a 100 ans, un match de baseball peu banal qui contribua au succès de l'hymne national américain

Babe Ruth en 1918, l'un des joueurs de baseball les plus célèbres du club des Red Sox
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Le 5 septembre 1918, un match de baseball de la prestigieuse World Series à Chicago contribua à faire du chant "The Star-Spangled Banner" l'hymne national américain.

En cette journée de fête nationale américaine, le 4 juillet 2017, la foule du Wrigley Field de Chicago se lèvera et tous seront priés d’ôter leur casquette pour le traditionnel hymne national, « The Star-Spangled Banner ». Ces fans de baseball, qui peuvent en réciter les paroles par cœur, chanteront l’histoire d’une des plus célèbres batailles américaines, la bataille de Fort McHenry, tout au long de laquelle leur drapeau continuera de flotter.

Ce que ces fans ne savent peut-être pas, c’est que ce chant a été entonné pour la première fois lors d'un match de baseball de la World Series, il y a presque cent ans, à Chicago. Un match un peu particulier qui contribua à inscrire ce chant patriotique dans les consciences américaines, et qui en fit, à terme, un hymne national aujourd’hui partie prenante du game day dans tous les sports américains, et ce à tous les niveaux.

« Il est certain que l'effusion de sentiment, d'enthousiasme et de patriotisme à la World Series de 1918 a largement contribué à faire de ce chant notre  hymne national », a déclaré John Thorn, historien officiel de la Major League de baseball.

Le 5 septembre 1918, les nouvelles de la Grande Guerre et des derniers morts américains dominaient la presse. Certains des habitants de Chicago faisaient partie de cette triste liste, une nouvelle particulièrement pénible pour la ville, car elle venait à la suite d’une attaque à la bombe en son centre la veille-même, qui avait tué quatre personnes et blessé une douzaine.

Ainsi, lorsque les Boston Red Sox et les Chicago Cubs s’affrontèrent au Comiskey Park de Chicago pour le premier match de la World Series, seuls 20 000 supporters étaient présents – la plus petite foule de World Series depuis des années, marque de la nervosité d’une ville attaquée en son sein et éprouvée par la guerre. Une fois sur place, « il n'y avait pas d'applaudissements et, contrairement à d’habitude, personne n’houspillait l’arbitre » rapporte un journal de Boston.

Puis, lors de la septième manche, la fanfare d’un bataillon de la Marine américaine du nord de Chicago a commencé à jouer « The Star-Spangled Banner ». Ce chant avait déjà été joué lors de matches de baseball importants, depuis au moins 1862, mais il s’est passé à Chicago en 1918 « quelque chose d’unique dans l'histoire du baseball », comme le note le New York Times : les joueurs, se tournant vers le drapeau étoilé, ont retiré leur casquette lorsque le groupe a commencé à jouer. Tous, à l'exception de Fred Thomas, joueur des Red Sox et soldat en permission de la Marine, qui, lui, s’est tourné vers le drapeau, a gardé son chapeau, et a fait un salut militaire. Quelques fans ont commencé à chanter, vite rejoints par d’autres. Une fois le chant terminé, « la foule a explosé en un tonnerre d’applaudissements ».

Ce qui s’est passé ce jour-là n’a pas fait la "une" des journaux, mais il est certain que l’émotion du moment et la puissance du chant ont doucement et sûrement germé dans les esprits. Le chant fut donné à nouveau au match retour à Boston, et la légende veut que le propriétaire des Red Sox, Harry Frazee, impressionné par l'effet apaisant du chant sur la foule chahuteuse, ait ordonné au groupe de la jouer la saison suivante lors de la présentation du drapeau.

Ce n'est qu'en 1931 que le Congrès et le Président Herbert Hoover ont officiellement désigné « The Star-Spangled Banner » comme hymne national américain. Et ce n'est qu'en 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, que les équipes de Major League ont commencé à la jouer systématiuement à chaque rencontre.