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"Commémoration fraternelle", un grand oratorio russe de 1917

"La bénédiction du pope", 1916, Henri Gervex (1852 - 1929)
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La Russie est à l’honneur dans le dernier opus de l’anthologie "Les Musiciens et la Grande Guerre" du label Hortus, avec une grande œuvre pour chœur et orgue signée Alexandre Kastalsky. Trois pièces d’orgue de l’Allemand Fährmann, du Français René Vierne et du Britannique Brewer complètent l’album, dont la sortie est prévue courant septembre 2017. 

Alexandre Kastalsky (1856 – 1926) est une des personnalités majeures du chant religieux russe au tournant du 20e siècle. Pendant ses années en tant qu’enseignant puis directeur de l’Institut synodal de Moscou, haut lieu de recherche sur les traditions authentiques du chant orthodoxe en lien avec ses origines populaires, Kastalsky a produit quantité d’œuvres destinées au culte. Après la Révolution de 1917 cependant, il passe du côté du régime soviétique et se consacre à la chanson de masse. Mais après sa mort, des manuscrits de compositions religieuses seront retrouvés... sous le matelas de son lit.

La Commémoration fraternelle est une œuvre atypique appartenant au genre cantate-oratorio. Commencé en 1914, il s’agit d’un véritable Requiem de guerre dédié aux premières victimes du conflit. Destinée en premier lieu aux soldats russes, l’oeuvre reflète aussi le souci de fraternité en incluant les autres nations impliquées, en premier lieu la France et l’Angleterre, les deux autres pays de la Triple Entente.

La composition est passée par plusieurs variantes avant de trouver son aboutissement en 1917. A l’origine, il s'agissait d'un requiem latin, respecant l'ordre des textes de la tradition catholique (Kyrie, Confutatis, Lacrymosa, etc.). Kastalsky y a ensuite ajouté des chants empruntés à l’office anglican, et inséré comme leitmotivs les prières de la messe des morts orthodoxe et le célèbre « Dies irae » grégorien.

Existant aussi pour choeur et orchestre, c’est la version pour chœur et orgue qui a été retenue pour ce 24e album de l’anthologie "Les Musiciens et la Grande Guerre", avec quelques ajouts de carillon.

Trois pièces pour orgue écrites par des compositeurs de différents pays belligérants complètent le programme du disque, en écho à l’œuvre d’envergure de Kastalsy, comme pour renforcer l’appel ardent de paix et de fraternité lancé par le compositeur russe : Klage de l’Allemand Hans Fährmann, Marche héroïque du Britannique Alfred Herbert Brewer, et Canzona, du Français René Vierne – le  frère cadet de Louis Vierne, célèbre organiste de Notre-Dame de Paris. René Vierne (1878 – 1918), lui aussi organiste, fut mobilisé pour le front dès le 8 août 1914. Il mourra 4 ans plus tard, le 29 mai 1918 à 8h du matin, sur le Plateau de Branscourt (Marne).